QUAND LE SEXE PREND TROP D’IMPORTANCE

Les interactions sexuelles entre hommes et femmes peuvent engendrer les dilemmes humains les plus compliqués et les plus déroutants. L’angoisse qu’éprouvent les hommes au sujet de leur puissance sexuelle a été longuement étudiée ailleurs. Il existe également une profusion d’informations sur les problèmes sexuels courants, spécifiquement masculins, liés à cette angoisse. Néanmoins, les façons qu’ont les femmes, sans le savoir, de pouvoir intimider les hommes par le biais de leur comportement sexuel ne sont pas aussi bien comprises. Nous vivons à l’heure de « l’après révolution sexuelle ». Les hommes, comme les femmes, couchent moins avec n’importe qui. Ce nouveau conservatisme est, en partie, un retour naturel à des valeurs, attitudes et pratiques sexuelles plus traditionnelles qui procurent des avantages beaucoup plus substantiels dans le cadre des relations amoureuses. Mais, bien que la révolution sexuelle soit terminée, il en reste des traces. Lorsque les femmes revendiquèrent plus librement le droit au plaisir, les hommes devinrent de plus en plus soucieux d’apparaître comme de bons amants. L’angoisse de la réussite masculine en ce domaine revêt le caractère d’une épidémie. Les femmes sexuellement libérées et sûres d’elles-mêmes représentent à la fois le fantasme de tous les hommes et la peur d’un grand nombre. Les hommes rêvent des délices promises par la femme qui s’exprime spontanément dans sa relation physique, qui est capable d’envoyer valser toute prudence et toute inhibition, qui connaît ses besoins sexuels et les assume, qui n’attend pas passivement qu’un homme prenne l’initiative et qui, au contraire, va chercher activement et directement ce qu’elle veut et ce dont elle a besoin. Les hommes désirent cette femme et ont du plaisir avec elle, mais non sans quelques réserves importantes et pas du tout évidentes. C’est cette envie qui va mener nombre d’hommes à une relation adultère. Un facteur essentiel, lorsqu’on en vient aux sensations des hommes, concerne le rapport au temps et le sentiment de confort face à leur sexualité. Traditionnellement, c’était le rôle de la femme de mettre un frein à ses envies sexuelles, de moduler le rythme et l’intensité de l’engagement sexuel. Etant donné que les hommes se reposaient sur la femme pour jouer le rôle de régulateur, ils pouvaient ignorer leurs propres craintes et se montrer entreprenants et suprêmement confiants en eux. L’aisance croissante des femmes dans le domaine de la sexualité a changé tout cela.

La femme qui a du tempérament

Claude, vingt-huit ans, raconte : « J’ai vraiment aimé Jean depuis le premier instant où nous nous sommes rencontrés lors d’un dîner chez des amis. Nous nous sommes retrouvés pour déjeuner ensemble, puis pour dîner, et aller au cinéma plusieurs fois en l’espace de trois semaines. Nous nous tenions la main, et nous embrassions plutôt passionnément sur mon divan. Mais, bien qu’il ne semblât pas particulièrement timide, il n’a jamais essayé de faire l’amour avec moi. Je me surpris en train de me poser la question à haute voix : “ Vous avez peur du sexe, vous êtes impuissant ou bien quoi ? Ou peut-être n’êtes-vous pas attiré par moi. ” Il parut ennuyé, mais ignora simplement mes questions en riant. « Eh bien, l’autre nuit, je pense que j’ai tout gâché. Il m’a emmenée à un match de base-ball et nous nous sommes bien amusés. Il m’a raccompagnée chez moi et nous avons regardé la télévision en flirtant sur le divan. Je finis par demander à Jean de rester. J’allai droit au but et je lui dis que j’avais envie qu’il me fasse l’amour — en réalité, je lui ai dit de me baiser longtemps et bien — et, tout à coup, toute tendresse et tout romantisme disparut. Il s’éloigna, très mal à l’aise, me dit qu’il devait se lever tôt : il fut dehors en trois minutes ! Je me sentis horriblement mal ! Je ne sais pas si j’aurai encore des nouvelles de lui. » Et elle n’en eut plus aucune.

Reconnaître les différences dans le rapport au temps.

Il est presque certain que Jean était attiré par Claude, sinon il n’aurait pas continué à la voir. Il était probablement beaucoup plus timide ou plus réservé vis-à-vis du sexe qu’il ne le paraissait. Elle, elle s’occupait de ses propres besoins et de sa disponibilité mais ne tenait pas compte de Jean. Le rapport au temps est extrêmement important pour nous tous, hommes ou femmes. Ne partez pas de l’hypothèse que nécessairement le moment propice pour un homme sera le même que le vôtre. Les hommes ont des inquiétudes sur leur capacité sexuelle assez intenses pour les inhiber, en particulier lorsqu’ils commencent à connaître une femme et à tenir à elle. Lorsqu’une femme est agressive sexuellement, d’une manière aussi directe que l’était Claude, cela peut être très intimidant pour un homme. Immédiatement, Claude apparut comme plus forte et plus libre et exigeant de Jean une aisance et une puissance sexuelles qu’il n’était pas certain de posséder. Cela ne signifie pas que les femmes ne devraient pas être directes, franches et sûres d’elles sur le plan sexuel, ou que les hommes ne peuvent pas assumer cela chez une femme. Mais harmoniser les rythmes de chacun et être sensible à l’autre sont des facteurs majeurs, tant pour les femmes que pour les hommes.

L’impatiente

Joëlle, vingt-neuf ans, est une femme attirante qui se sent très bien dans sa peau. Son humour caustique, son sourire éclatant et ses reparties acides charment tous les hommes qu’elle rencontre, du moins au début. Le début de son histoire avec Guy, professeur de gymnastique dans un lycée, fut passionné et merveilleux, du moins c’est ainsi qu’elle le vécut. Pendant les quelques premières semaines, ils passèrent pratiquement tout leur temps libre ensemble et disaient à leurs amis : « Ça y est ! » Mais, la troisième semaine écoulée, Guy commença à trouver des excuses pour ne pas voir Joëlle aussi souvent, et parfois, au moment de se coucher, sa mauvaise humeur perçait et il entamait des discussions ridicules. Guy se rappelait : « J’aurais dû me méfier de ce côté tranchant de son caractère la première fois que j’ai couché avec elle, lorsque, ayant joui trop vite — c’est vrai —, elle me dit : “ Qu’est-ce qui t’arrive, tu dois prendre un train ? ” J’ai prétendu en rire à cause de la manière dont elle le dit, mais c’était vraiment brutal de sa part. » La semaine suivante, Guy vit Joëlle deux fois, mais sans avoir avec elle aucun contact sexuel réel. Ce week-end-là, lorsqu’il se retrouva dans le lit avec elle, Guy était tellement angoissé qu’il ne put avoir d’érection. Impatiente, Joëlle, tout à coup, alluma la lumière pour le regarder et, dans un état de frustration manifeste, lui dit : « Quel est le problème maintenant ? Qui t’a appris à faire l’amour? » Se sentant humilié, Guy s’en alla. Le week-end suivant, il quitta la ville et, lorsqu’il revint, il téléphona à Joëlle, juste pour lui dire qu’il serait trop occupé par la préparation de la saison sportive qui débutait pour continuer à la voir. Ennuyée et troublée, Joëlle l’appela une semaine plus tard et insista pour qu’il lui dise les raisons véritables de sa rupture. « As- tu rencontré quelqu’un d’autre ? » Non, répondit-il, il n’avait fait la connaissance de personne d’autre, il était seulement très occupé. Pressé de questions, Guy lui dit finalement ce qui l’avait éloigné d’elle : « Trop d’importance du sexe, je me sentais soumis à des pressions trop fortes et j’ai commencé à me sentir mal dans ma peau. » Comme elle insistait pour avoir une réponse plus précise, il finit par lui dire : « Tout ce que j’avais dans la tête, c’était de savoir comment je pouvais essayer de parler à une femme comme toi sans passer pour une sorte de lavette. J’avais l’impression qu’il fallait que je sois tous les soirs l’amant fabuleux, que je sois “ à la hauteur ” de ce que tu attendais de moi. Je ne pouvais plus continuer. »

Abandonner le masque de la dureté.

Joëlle n’est-elle qu’une femme insensible? Pas du tout. Elle voulait quelqu’un dans sa vie, désirait trouver l’amour, mais profondément et, en fait, sans s’en rendre compte, elle avait peur des hommes. Ayant grandi avec un père irascible qui d’une manière subtile terrorisait sa mère et n’autorisait jamais aucune réelle affection ou intimité, Joëlle, en toute inconscience, considéra les hommes qui l’attiraient comme potentiellement dangereux. Si les hommes pouvaient être placés en position de défense et d’insécurité, ils ne seraient jamais assez forts pour la blesser comme son père l’avait fait. Là où elle se sentait aussi impuissante qu’une enfant, elle serait maintenant puissante; là où elle se sentait humiliée et amoindrie par son besoin d’amour, elle ferait en sorte que ce soit l’homme qui éprouve ces inquiétudes et elle n’aurait jamais plus à souffrir. Cette solution était tristement vouée à l’échec : le prix qu’elle payait pour être en relation avec un homme, c’était de finir par le faire fuir. Les femmes qui ont été blessées par un homme et ont peur de leur besoin d’amour ont d’autres solutions que celle qu’avait choisie Joëlle. Mais, avant de choisir, il faut nécessairement être conscient et comprendre ce qui est à l’origine de nos sentiments, de nos paroles, de nos actes. Le problème de Joëlle ne tenait pas à la manière dont elle traitait Guy, mais à celle dont elle se traitait elle-même. Elle avait été mal aimée et, malheureusement, elle perpétuait ce même manque d’amour dans sa vie. Nous avons le choix. Et le choix le plus important que nous puissions faire, c’est de reconnaître nos blessures passées, de comprendre comment elles influencent nos comportements présents et de permettre qu’à l’avenir les choses se passent différemment. Pour Joëlle, cela signifiait avoir le courage de permettre à Guy d’être sûr de lui et fort ; avec le risque qu’il puisse l’aimer avec sa force et non qu’il profite d’elle. Il n’existe peut-être rien d’aussi paralysant que la peur, et rien d’aussi affolant que d’avoir peur lorsque nous ne savons pas exactement ce que nous redoutons. La peur est perpétuée par des situations archaïques qui se répètent et renforcent nos pensées les plus sombres et les plus pessimistes. L’antidote à la peur, le seul qui soit vrai et efficace, est le changement. Et le changement implique de vivre des situations nouvelles, de ne pas répéter les vieilles et si familières expériences. Pour maîtriser la peur, il faut lui faire face, ouvrir le placard et laisser la lumière y pénétrer ; si vous maintenez la porte du placard fermée à double tour en espérant que, par un miracle quelconque, le squelette disparaîtra, vous ne vous en sortirez jamais. Les femmes qui ont peur des hommes, peur de devenir intimes avec eux et par là même d’en avoir besoin, peuvent surmonter leurs peurs non pas en les ignorant, mais bien plutôt en en parlant avec l’homme qui leur est cher. Cela implique de choisir un homme avec attention et de lui donner une chance d’être différent. Et il est payant d’être très attentif à ces différences et de penser qu’elles demeureront. Surtout, ne vous fermez pas à de nouvelles expériences avec un homme en répétant celles du passé qui n’ont pas été satisfaisantes.

La femme dédaignée

Céline est encore amère après son premier mariage et cela nuit à sa relation actuelle. Elle a maintenant trente-cinq ans. Elle a épousé Patrick quand elle en avait vingt. Elle aimait son mari et avait confiance en lui ; elle accepta de travailler pour qu’il puisse terminer ses études de médecine. Céline désirait des enfants tout de suite, mais elle remit à plus tard ce désir, car la maternité ne lui aurait pas permis de continuer à travailler pour payer les études de Patrick. Il lui promit qu’ils auraient des enfants dès qu’il aurait fini ses études. Après son internat (c’était leur septième année de mariage), il demanda un poste à l’hôpital en médecine générale, ce qui à nouveau retardait pour elle la possibilité d’être mère. Elle fut patiente et accepta la situation jusqu’à ce qu’elle découvre que Patrick avait eu plusieurs aventures avec des infirmières et des consœurs à l’hôpital. Il avoua, en outre, avoir eu des aventures dès la première année de leur mariage. Elle se sentit trahie et devint amère. Le divorce qui s’ensuivit et un certain nombre de relations insatisfaisantes amenèrent Céline à se faire une armure dure et pourtant fragile. C’est avec cette armure et sa colère compréhensible et sa méfiance à l’égard des hommes que Céline entama sa relation avec Daniel. Malgré tout le plaisir qu’il trouve en sa compagnie, Daniel commence à s’éloigner d’elle, à douter ; il a le sentiment que leur relation ne durera pas. Il perçoit les manifestations subtiles de la rancœur profonde qu’elle éprouve à l’égard des hommes et de sa méfiance. « Céline m’a dit très ouvertement qu’elle n’a pas beaucoup d’estime pour les hommes, mais je commence à avoir l’impression troublante qu’en fait elle les hait. Elle parle beaucoup des mesquineries des garçons vis-à-vis de ses amies : l’un a plaqué une de ses amies ; une autre a découvert que son mari draguait une femme de son bureau. Elle m’a raconté comment son mari l’avait trompée, et je comprends qu’elle se soit sentie trahie, mais je commence à penser qu’il lui est impossible de faire confiance en la plupart des hommes. Elle me dit qu’elle pense que je suis spécial, mais je sais que je ne suis pas si différent que cela des autres et qu’un jour ou l’autre je vais tout bousiller et faire ou dire quelque chose qui lui fera penser que je suis insensible et elle me détestera moi aussi. » Daniel trouve en Céline des tas de choses qui lui plaisent, mais il commence malgré tout à éprouver du ressentiment. Sa colère profonde n’est qu’à peine déguisée et construit une barrière invisible entre eux. Elle a peur de lui faire confiance, de s’ouvrir et d’être à nouveau blessée. Si elle était capable de dévoiler à Daniel sa peur de souffrir et la nécessité pour elle d’aller lentement, il répondra de telle sorte qu’elle puisse cicatriser ses blessures et être à nouveau confiante. Au lieu de quoi, sa douleur encore vivace les empêche elle et lui d’être plus proches et d’établir ce lien chaleureux et sécurisant qu’ils désirent.

Le fardeau du passé.

Malheureusement, le risque de souffrir, d’être déçu, blessé, existe dans toute relation amoureuse. Si nous sommes réalistes, nous ne pouvons pas espérer l’éviter. Néanmoins, quand de vieilles blessures deviennent un fardeau que nous traînons avec nous dans chaque rencontre, elles nous empêchent de vraiment aimer. Les hommes se sentent particulièrement mal à l’aise face aux doutes et à l’amertume d’une femme qui a été blessée auparavant. Même si un homme peut comprendre qu’il n’en est pas la cause et n’en est pas responsable, cela peut le choquer et lui faire peur. Lorsqu’un homme aime une femme, le ressentiment qu’elle peut avoir accumulé du fait de son passé aura sur lui un impact profond. Cela réveille chez lui des sentiments d’angoisse. La colère d’une femme, plus spécialement lorsqu’un homme sait qu’il n’en est pas responsable, la fait paraître capricieuse et imprévisible. Au niveau émotionnel le plus primaire, ces sentiments sont équivalents à ceux d’un garçon qui est terrorisé et impuissant lorsqu’il se trouve en face d’une mère inconséquente, une mère qui à certains moments l’aime et à d’autres dirige contre lui la colère qu’elle éprouve pour d’autres raisons, simplement parce qu’il se trouve là. Personne ne veut être la cible d’une colère mal dirigée. Quels que soient l’intérêt, l’amitié et l’affection dont vous faites preuve lors de vos premières rencontres avec un homme nouveau, s’il perçoit en même temps chez vous des messages indiquant que vous éprouvez de l’amertume ou de la colère à l’égard des hommes en général, il aura du mal à vous faire confiance ou à vouloir être intime avec vous. Même si vous lui assurez qu’il vous paraît différent ou particulier, il n’en est pas moins un homme. Il ressentira inévitablement la force de vos attitudes négatives, et, par conséquent, il y a des chances pour qu’il se protège et vous fuie. Si nous inversons la situation, quelle sera votre réaction affective face à celui que vous venez de rencontrer et qui vous fait savoir, directement ou sur le ton de la plaisanterie, qu’il « hait les femmes », qu’il « ne peut pas leur faire confiance », ou qu’il « se fait toujours avoir d’une manière ou d’une autre par les femmes » ? Ï1 y a de fortes chances pour que vous le laissiez tomber, en pensant à juste titre que son attitude risque de tout détruire. Les hommes ont une réaction identique : ils vont alors plutôt vers quelqu’un qui encouragera leur confiance et leur amour.